Cultures et sociétés mésolithiques en France

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  • Chapitre1
    Le Mésolithique en France, d’hier à aujourd’hui
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  • Chapitre5
    L’habitat sous toutes ses formes
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4 Chasse, cueillette et territoires de parcours Économie de subsistance

Fragments d’une flèche mésolithique en bois, armée de barbelures latérales et d’une pointe distale en silex (Rönneholms Mosse, Suède).

Fragments d’une flèche mésolithique en bois, armée de barbelures latérales et d’une pointe distale en silex
(Rönneholms Mosse, Suède).

C’est sûrement dans ce domaine que les connaissances et les idées ont le plus progressé ces dernières années, avec en particulier une réévaluation salutaire de la contribution de l’environnement végétal, jusque-là très minorée : au total, l’image qui ressort est celle d’une économie de prédation à très large spectre, à l’intérieur duquel la chasse n’occupe plus nécessairement une position dominante.


Bien sûr les Mésolithiques ont chassé, et souvent même beaucoup. Ils ont chassé ces espèces forestières qui témoignent à leur façon de la dynamique de redéploiement du couvert végétal : le cerf, le sanglier et le chevreuil forment ainsi un tableau de chasse des plus classiques, auxquels s’ajoutent pour les gros mammifères l’aurochs et, plus rarement, l’élan. Le blaireau, le loup, le castor, ou encore le lapin et le lièvre sont également souvent attestés, mais plutôt en petite quantité. Les parcours d’été en altitude, dans les Pyrénées, les Alpes ou le Massif central, étaient l’occasion de chasses plus ou moins spécialisées tournées vers l’abattage du chamois, du bouquetin ou de la marmotte. A Gramari, dans le Vaucluse, le spectre chassé est un peu plus original (le cheval et le grand bœuf accompagnent en effet le cerf et le bouquetin), alors qu’à la Montagne (Sénas, Bouches-du-Rhône), un véritable bulle...kill-site spécialisé dans la chasse à l’aurochs est signalé (Helmer et Monchot, 2006). En Corse, ce sont les conditions écologiques qui contraignent le développement d’une chasse spécialisée au bulle...prolagus, bulle...lagomorphe aujourd’hui disparu. Les restes de lynx de l’Abeurador (Hérault) ou de Bavans (Doubs), ceux plus fréquents de martre, de belette ou d’écureuil, témoignent quant à eux d’une chasse liée davantage à l’exploitation des produits secondaires (en l’occurrence la fourrure) qu’à la satisfaction de besoins alimentaires. La chasse à l’ours brun, plus rare, est également attestée : c’est le cas par exemple dans le Mésolithique final du site de la Baume de Montandon (Doubs). Plus intrigant, mais révélateur de l’évolution des comportements face au monde animal : le gisement alpin de la Grande Rivoire a livré des vestiges osseux qui signalent la présence d’un ours maintenu captif (Chaix et al, 1997). Cette proximité un peu ambiguë entre chasseur et chassé trouve, avec la domestication du chien, une sorte d’aboutissement, comme en témoignent de nombreux gisements répartis sur tout le pays (le Cuzoul de Gramat, la grotte de Montandon, Téviec, Noyen-sur-Seine, le Petit Marais dans la Somme…). A l’Abeurador, des restes d’oiseaux aquatiques capturés à proximité des étangs littoraux sont accompagnés d’une multitude d’ossements de pigeons, probablement piégés sur place avec un filet au moment de leur passage annuel. La pêche est également bien documentée : poissons de rivière (comme à Montclus, considéré comme une possible fumerie), d’étang, de lac ou de mer, témoignent ainsi d’une activité de pêche pratiquée de manière ponctuelle ou plus systématique, comme c’est le cas sur le littoral breton. Là, les mollusques ont joué un rôle important dans une économie complexe intégrant leur collecte régulière : en témoignent les quatre amas coquilliers récents connus dans la région, seuls épargnés par la bulle...transgression marine (Dupont et al., 2009). Les accumulations de gastéropodes terrestres, qui regroupent parfois plusieurs millions de coquilles (comme à Troubat ou au Poyëmau), sont quant à elles emblématiques du Mésolithique pyrénéen : loin d’illustrer la dégénérescence de l’économie mésolithique comme cela a longtemps été dit, ces accumulations traduisent au contraire l’adaptation d’une population mobile exploitant au mieux une ressource saisonnière dont la consommation pouvait, en outre, être différée (Barbaza, 1999).


Ces protéines animales étaient vraisemblablement complétés de produits variés d’origine végétale, dont la grande forêt tempérée était naturellement pourvoyeuse et qui favorisèrent l’essor d’une économie de stockage et de consommation différée : c’est d’ailleurs peut-être là, au moins autant que dans une morphologie sociale adaptative facilitée par l’usage de l’arc, qu’il convient de placer l’originalité de la période, celle qui la démarque véritablement du Paléolithique et du Néolithique qui l’encadrent. Glands, noisettes, racines et bulbes de plantes variées, rhizomes de fougères, champignons, baies et fruits divers, ont ainsi dû constituer beaucoup plus que des aliments d’appoint, même si leur part exacte est difficile à quantifier, compte tenu des problèmes de conservation. Quelques exemples significatifs montrent cependant la part que le végétal a pu jouer, même si le caractère anthropique de l’introduction de ces semences dans les gisements reste parfois à démontrer : à l’Abeurador, comme à Fontbrégoua, ce sont plusieurs milliers de légumineuses et de baies sauvages, associées à des coques de noisettes, qui ont été retrouvées carbonisées dans les différents niveaux d’habitat (Vaquer et Ruas, 2009).


Cette acquisition des biens alimentaires se pratiquait dans le cadre de la fréquentation saisonnière de territoires de parcours, dont les différents milieux étaient exploités de façon complémentaire et probablement très raisonnée : la présence sur les hauts plateaux du Vercors, comme celle sur le Massif central ou les Pyrénées, répond bien à ce modèle, le gradient vertical garantissant le changement de bulle...biotopes et la diversité des ressources. Dans les secteurs au relief moins contrasté, on peut penser que des déplacements similaires existaient, mais ils restent plus difficiles à démontrer. C’est le cas par exemple en Quercy où, alors que tous les gisements connus ont été occupés seulement durant la bonne saison, la part des matériaux bulle...lithiques exogènes est minime, l’essentiel de l’approvisionnement étant local : restituer les déplacements devient alors problématique et la quête des territoires annuels un peu virtuelle. Quelques cas particuliers échappent heureusement à cette règle trop générale et permettent d’entrevoir quelques formes de cette mobilité, d’ailleurs assez originales. Ainsi en est-il en Bretagne, où l’analyse des isotopes stables d’ossements humains de Téviec et Hoëdic a montré des anomalies concernant quelques jeunes femmes : contrairement aux autres membres de la communauté qui présentent des profils typiques d’une alimentation à base de produits marins, celles-ci ont connu en effet des apports carnés importants. Ces différences pourraient signaler l’existence d’échanges matrimoniaux entre groupes littoraux et groupes de l’intérieur des terres, hypothèse d’ailleurs renforcée par la circulation en sens inverse de matériaux bulle...lithiques de bonne qualité (Schulting, 1999 ;  Schulting et Richards, 2001). Ces circulations interviennent par ailleurs entre populations voisines ayant des comportements techno-économiques contrastés : les groupes littoraux ont une mobilité réduite, basée sur la consommation des produits de la mer avec des navigations fréquentes entre les îles et le continent, les groupes de l’intérieur des terres se déplacent plus fréquemment, comme en témoigne la diversité des zones d’acquisition des matières premières bulle...lithiques (Marchand, 2003).